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dimanche 1 juillet 2012

Aneto trail de Haute-Bigorre - 50km, 3000m D+

Cette année, je ne cours pas beaucoup de courses, mais je les choisis bien ! Ce trail à Campan, dans les Hautes-Pyrénées, est une première édition dans ce format de 50 km. Avec 3000m de dénivelé, le profil est véritablement montagnard. Et comme je connais un peu le coin, j'ai quelques craintes sur le "confort" des sentiers. Beaucoup de traces de vaches nous attendent et je n'aime pas trop ça.
Bref, après avoir retiré mon dossard une demi-heure avant le départ, je me prépare tranquillement dans ma voiture. Tellement tranquillement que je me rends compte au dernier moment que j'oublie presque de diluer ma poudre magique énergétique dans ma poche à eau.


Un peu de monde au départ puisque nous sommes annoncés 300 concurrents, relais compris. En solo, 192 coureurs sont inscrits et je porte le dossard 88.

De Campan à Artigues
Après le briefing, c'est le départ. Et le ton est donné d'entrée. 1500m de montée nous attendent dans les 10 premiers kilomètres jusqu'au col d'Arizes, à plus de 2100m d'altitude. C'est exclusivement de la montée, à l'exception de quelques brèves portions de descentes au Col de la Courade ou de plat (vers le lac de l'Oeuf). Je pars tranquillou, je veux garder des réserves pour la fin, pour la longue descente vers Campan depuis le Soum de Bassia. Je me cale donc dans un groupe dont le rythme me convient. Jusqu'au Col de la Courade, la course se déroule sur piste, en lacet. Le ciel est couvert mais il est annoncé du soleil assez rapidement. Le temps est frais juste comme il faut.
De mon côté, les sensations ne sont pas extraordinaires. Je trouve ma fréquence cardiaque anormalement élevée et j'attribue cela au stress de la course en me disant que les kilomètres passant, ça se calmera.
Peu après le Col de la Courade (1272), on emprunte une piste forestière sur quelques centaines de mètres avant de déboucher sur la crête.


C'est à ce moment que le brouillard a la bonne idée de laisser place à une splendide mer de nuages.

Le Pic du Midi, au fond.
Le Pic du Midi de Bigorre se tient devant nous. A gauche, le massif du Lhéris. A droite, le pic de Montaigu. C'est superbe !
A ce moment, j'accélère un peu. D'abord pour décramponner un peu ceux avec lesquels je suis, surtout pour me tester. Le parcours devient assez technique et on atteint le lac de l'Oeuf après une petite descente avant d'attaquer le dernier ressaut nous menant au Col d'Arizes à 2132 m d'altitude et au bout de 10,2 km de course. La montée est brève depuis le col, mais assez violente. Ca grimpe dru ! Je le passe 2h02 après le départ.

L'arrivée au Col d'Arizes
Place maintenant à une longue descente vers Artigues. Je vais pouvoir savoir rapidement si j'ai bien progressé dans ce domaine. On passe le lac d'Arizes, la cabane d'Arizes (1740) et les cabanes de Tremezaÿgues. Et tout va bien. Un seul concurrent me dépasse. C'est du jamais vu. J'arrive même à en dépasser deux. Bref, je tiens ma place et me dis que finalement, la journée va peut-être se dérouler favorablement. La partie le long de la cascade d'Arizes, peu avant Artigues est très cassante. Mais je tiens, les cuisses ne disent rien.

D'Artigues à Payolle
A Artigues (1220), je ne m'arrête que le temps de faire le plein de ma poche à eau et d'y ajouter ma boisson de course préférée. Je repars donc rapidement pour attaquer la deuxième montée du jour. Assez rapidement, je ressens un coup de moins bien qui va me durer jusqu'à Cortaou des Esclozes, c'est-à-dire pendant environ une heure. Sans non plus être complètement à la ramasse, je me contente de gérer mes sensations de moins bien. Je n'arrive pas à trouver le rythme et sur certaines portions je peine à courir, même lentement. Ca va passer, je le sais, mais j'aimerais que ça dure le moins longtemps possible. On alterne monotraces en dévers et en courbe de niveau, petits coups de cul, petites descentes, pistes, chemins...


Il faut faire attention par endroits aux racines ou au sol irrégulier. Mais on a une belle vue sur le Soum de Bassia, qui nous attend, serein.

Avant Payolle
Payolle (km 30) approche, on voit des habitations. Y arriver prend du temps, la vallée y est large à cet endroit. Beaucoup de monde en tout cas à ce ravitaillement et pour nous encourager. Là non plus je ne m'éternise pas.

De Payolle à Campan
Je reprends la route rapidement pour attaquer la dernière grande difficulté du jour : la montée au Soum de Bassia. Je l'ai reconnue deux fois dans le mois et à chaque répétition j'ai souffert dans la dernière partie très pentue et assez technique.
Avant le col de Beyrède, je partage l'ascension avec une féminine et un jeune du cru qui nous chante quelques chansons locales ! Lui, il est en forme !

Dans la montée, peu après le col de Beyrède
Je discute un peu avec la féminine, on s'encourage et au Col de Beyrède (km 32, 1417) je sens que mon second souffle arrive. Je décide donc de pousser un peu pour voir. Tout va bien. Je remonte pas mal de monde, bien coincés dans la dernière partie de la grimpette vers le Soum de Bassia. J'ai déjà la tête au sommet.

Le Soum de Bassia
Je prévois de m'y arrêter pour resserrer mes lacets, fixer mes bâtons au sac et manger une barre. C'est donc ce que je fais. Quelques concurrents que j'avais passés dans la montée me repassent mais en repartant du sommet, je vois bien que j'ai retrouvé mes jambes. Il reste 16 km et je me dis que je vais y aller à fond jusqu'à l'arrivée.
La crête est fabuleuse à courir. Confortable et aérienne, elle offre un superbe panorama sur les sommets élevés de la chaîne au sud. Et une vue en majesté sur le roi du secteur, le Pic de l'Arbizon.

Les facéties météorologiques du jour !
Une féminine qui effectue le relais me semble adopter un rythme assez similaire au mien. Je reste donc dans sa roue, prends le relais par moments, jusqu'au dernier ravitaillement à Courtaou d'Ordincède au km 44. Je reprends un peu d'eau et repars, vite. Ma montre indique 7h24 de course, je vois déjà que je ne pourrai tenir 8h. Ce n'est pas grave. Dans ces six derniers kilomètres, j'ai toujours d'aussi bonnes sensations. Je reprends cinq à six concurrents qui n'arrivent pas à me suivre, peut-être même plus. J'arrive à courir dans les faux-plats montants, c'est grisant. L'arrivée se rapproche et lorsque j'arrive à Campan je suis d'abord surpris du nombre de spectateurs, assez nombreux. Un regard derrière, personne. J'accélère tout de même pour franchir la ligne en 8h14.
Un coup d'oeil au classement, je finis 42ème. Un autre coup d'oeil aux inscrits : 192. Je me dis que c'est pas mal même si j'ai le sentiment d'avoir un peu raté mon milieu de course. Mais sur une épreuve de plus de 8 heures, on ne peut pas être bien tout le temps ! Finalement, ce seront 158 coureurs qui finiront classés.

En tout cas, c'est un très beau trail que cet Aneto trail de Haute-Bigorre. Le coin, que je connaissais pour y avoir randonné plusieurs fois, est vraiment adapté au trail et le circuit assez exigeant. Belle première en tout cas !
Le seul bémol ? La partie goudronnée entre Payolle et Beyrède. Peut-être y a-t-il un point d'amélioration à explorer ici !
Le parcours et mes données sur le site polar, c'est ici.
Et le profil, là :


Allez, maintenant place au Tavignanu Trail, le 7 juillet !

mercredi 11 avril 2012

Trail des Citadelles - 73 km, 3600m D+

Le trail des Citadelles... 73 km et 3600m de montées annoncés. Rien dans ces chiffres ne me fait peur. Même si je ne suis pas un spécialiste de l'ultra, j'ai déjà couru et grimpé plus. Mais mes expériences "citadelliennes" de 2009 sur le 20 km (neige, pluie, boue, températures négatives à Montségur) et de 2010 sur le 40 km (pluie, boue) conjuguées au mauvais temps qui a sévi sur la région toute la semaine précédente n'étaient pas pour me rassurer.
Cependant, rien ne pouvait me distraire de mon envie d'en découdre avec cette épreuve dont j'avais fait un objectif avec un grand "O" (pour ne pas dire "eau" !) de ce début de saison.
Dossard 152 sur le cuissard, bien couvert en prévision des mauvaises prévisions météo, je croise Magali dans la grande salle (récit ici). A peine le temps de discuter, malheureusement, que c'est déjà le départ. L'organisateur, Michel Arnaud, nous fait un briefing expéditif : les conditions sont dignes des Citadelles. Bien. Le décor est planté, on n'en attendait pas moins.

De Lavelanet (km 0) à Bélesta (km 18)
Galvanisé à la fois par mes dernières séances d'entraînement et la joie d'être au départ de cette course, je pars un peu vite. La nuit est bien noire et quelques gouttes de pluie viennent nous rafraîchir le visage. Il n'y a pas tant de boue qu'en 2009 et 2010. D'un autre côté, puis-je en être certain ? J'ai bêtement fait le choix de porter une petite frontale, me disant que pour 90 minutes de nuit contre environ 9h de jour, le jeu ne valait pas la frontale... de luxe. Et je ne vois pas grand chose. Je reste donc vigilant sur les premiers kilomètres de faux plat montant.
Dès la première difficulté, je ralentis le rythme. Toujours dans la nuit, la montée vers la crête de Madoual relève davantage d'une descente dans une grotte sombre que d'une élévation vers la lumière. N'empêche. J'attends avec impatience la bifurcation vers Bélesta qui constitue le point de départ de la partie de ce trail qui m'est inconnue. J'y suis au bout de 51 minutes. Jusqu'au col du Figuier, par la Croix de Morenci, c'est du parcours de crête, sur sentier, rarement, sur piste, souvent, sur route goudronnée, de temps en temps, et sous les arbres, toujours. Le jour se lève vraiment mais la luminosité est faible, les nuages bien épais. La descente vers Fougax s'avale rapidement avant un long faux-plat descendant de 4 km, agrémenté par moments de petites côtes brèves mais cassantes, le long de l'Hers, nous menant à Bélesta, premier point de contrôle et de ravitaillement. J'ai trouvé mon allure. Je suis bien mais pas non plus super bien. Au ravitaillement, je mets en pratique la stratégie que je m'étais fixée : arrêts brefs, uniquement pour recharger l'eau de la poche ; pas de ravitaillement solide, je suis autonome de ce côté-là.

De Bélesta (km 18) à Fougax-et-Barrineuf (km 34)
Je repars donc en trottinant dans Bélesta. Si je rattrape quelques coureurs, d'autres en font autant avec moi et le bilan me paraît sur le moment même à mon désavantage. Une sensation de moins bien m'envahit dans cette partie, sans non plus que je me sente à la ramasse. Globalement, ça va, mais ça pourrait aller mieux. Et puis malgré les chèvres dépassées sur le sentier (c'est bien la première fois que j'enfume des chèvres sur des pentes !) et quelques ruines et hameaux fort pittoresques, ces 16 kilomètres se font un peu en aveugle. Beaucoup de forêt, peu de points de vue. Il faut rester concentré sur sa foulée et ses pas, les sentiers sont parfois très boueux, parfois secs. Et parfois les racines des arbres cherchent à nous piéger. Sans oublier le vent qui, lorsque la forêt s'éclaircit, s'engouffre et s'entête à souffler contre nous...
Malgré tout, je reste sérieux dans ma course, cherchant à ne pas perdre trop de temps, à ne pas non plus accélérer inutilement et surtout à bien m'alimenter et m'hydrater. En clair, je limite la casse. Mais je reste optimiste : dans les montées, les jambes répondent ; et dans les descentes, les cuisses encaissent bien, sans trop renâcler.
Puis c'est Fougax-et-Barrineuf. Nouveau contrôle, nouveau ravitaillement. Et là encore, j'applique mon plan. Je ne m'arrête que le temps de refaire le plein et de manger deux abricots secs (enfin, humides quand même un peu). Ce qui nous attend est assez simple dans les sept prochains kilomètres : une longue montée de 700 mètres de dénivelé jusqu'à la première "citadelle", Montségur.

De Fougax-et-Barrineuf (km 34) à Montferrier (km 46)
Sur le papier, cette portion est assez franche du collier : d'abord on monte, beaucoup, ensuite on redescend, beaucoup. Sur le terrain, ce n'est pas aussi simple. La piste forestière que l'on emprunte au début a été massacrée par du débardage et par le ruissellement de l'eau de pluie. L'itinéraire de contournement judicieusement mis en place et parfaitement balisé (comme l'ensemble du parcours, soit dit en passant) se révèle être assez cassant mais heureusement bref : mono- voire micro-traces en dévers, boue, troncs d'arbres en travers. En somme, le bonheur du trailer à qui il reste près de 40 kilomètres avant d'en finir.
Heureusement, cela ne dure pas et l'itinéraire se décline dès lors en piste puis en sentier. Les positions entre les coureurs ne bougent pas énormément. Je cours depuis longtemps seul.
C'est aussi, malgré la vue très impressionnante sur Montségur perché tout là-haut (sans doute pour moi le plus joli moment de ce trail), mon passage le plus dur. Insensiblement ma vitesse a ralenti. Je relance plus difficilement sur les rares faux-plats. Mais la citadelle se rapproche et ne la voir qu'à la faveur des quelques trouées dans la forêt, par intermittence, ne fait que renforcer ma volonté de l'atteindre le plus rapidement possible, de la vaincre une troisième fois, pour basculer, psychologiquement et naturellement vers la seconde partie de la course, celle qui fait que l'on commence à penser à la ligne d'arrivée.
Néanmoins, malgré ma connaissance du parcours, je ne reconnais pas le passage où l'on se raccorde avec le 20 et le 40 km. A tel point que, surpris par la présence de spectateurs venus nous encourager, je demande à une dame si j'arrive déjà au parking du col de Montségur. La réponse est positive, je la remercie vivement de l'information, ragaillardi à l'idée d'attaquer la dernière partie de la montée !
La première impression que j'ai, c'est celle d'un contraste net entre le 73 km et ses deux petites soeurs : la montée ne s'effectue pas en file indienne, on ne croise pas toutes les deux secondes un coureur qui descend, on n'est pas poussés dans le dos par des coureurs voulant nous dépasser... Bref, ce n'est que du plaisir !
La deuxième impression, c'est que je vais également bien mieux. Les jambes répondent, le coeur assure. Je passe au milieu des ruines, les contourne et entame la redescente décontracté, le sentiment d'avoir déjà accompli une bonne partie du parcours. Je franchis les marches et les pierres prudemment mais prestement. De ceux que je croise dans la descente, je ne reconnais personne.
Le parking, de nouveau, un replat, la photographe, et on repart pour une descente en sous-bois sur des sentiers bien boueux, parfois glissants, jusqu'à Montferrier. Le temps reste gris alors que par moments le voile semblait se dégager.
Montferrier. Enfin. 46ème kilomètre, plus de 6h30 de course. Là encore, je ne traîne pas alors que la sagesse aurait pu me commander d'y rester quelques minutes de plus, afin de bien récupérer. J'avale deux abricots humides et verse deux verres d'eau dans ma poche pour tenir jusqu'à Roquefort-les-Cascades, 15 km plus loin. Et je repars.

De Montferrier (km 46) à Roquefort-les-Cascades (km 61)
D'abord seul (comme souvent sur ce trail pendant lequel je n'aurai pas beaucoup échangé), je rattrape vite un peloton composé de six coureurs. Parfois élastique, parfois compact, notre petit groupe avance de conserve, cahin-caha, jusqu'à Silence. Sur cette partie encore les sentiers sont très humides. Surtout en sous-bois, moins lorsque le terrain est dégagé.
A Silence, le groupe explose. Trois coureurs perdent du terrain, un autre prend de l'avance, les deux derniers font le yoyo. Moi, je garde mon rythme, ne me laissant que peu distancer par le premier. Et je me bénis d'avoir emporté mes bâtons, à me demander même comment avancent ceux qui n'en ont pas.
Une montée de 200m nous attend. Elle n'est pas très dure et très vite nous nous rapprochons de la seconde citadelle, Roquefixade. Mais avant d'y arriver, il faut parcourir une partie ascendante en bitume (une route, quoi !), pas longue, pas dure, pas trop pentue jusqu'à un hameau. Et là, un petit coup de mou qui m'incite à prendre un remontant. J'ai même chaud...
Mais quelques hectomètres plus loin, j'arrive de nouveau à courir et au fur et à mesure je sens que physiquement tout se remet en place. La grimpette vers Roquefixade ne dure pas. Et même, je l'apprécie. Il faut dire que l'endroit est magnifique, crête dénudée et vue sur les Pyrénées enneigées. Je reconnais même un gars qui m'avait dépassé une trentaine de kilomètres avant et qui paraît bien en peine. Il me laisse passer, je n'hésite pas. S'ensuit une longue descente vers Roquefort-les-Cascades au cours de laquelle, vraiment, j'ai l'impression de revivre. Plus aucune douleur ne vient me perturber et même j'entre dans un état d'euphorie assez excitant. Je ne m'enivre pas, je sais que le balancier peut d'un coup repartir dans l'autre sens. Mais s'il ne doit y avoir qu'une seule raison pour laquelle je cours des épreuves de ce type, c'est bien pour atteindre cet état physique assez indescriptible mêlant fatigue, bonheur, plaisir après plusieurs heures d'effort dans des lieux et à des moments improbables.
Malgré tout, je suis assez rapide dans cette partie. Et assez en forme pour me souvenir qu'au même endroit, deux ans avant, c'est Thomas Saint-Girons qui me dépassait comme une balle, lui sur le 73, moi sur le 40...
Puis je croise quelques spectateurs qui m'encouragent et me disent que le ravito, c'est très vite. Je les remercie et claque la main d'un gamin qui me la tend. Tout va bien. Tout va mieux.
Au ravito de Roquefort, toujours la même stratégie : je ne m'arrête que pour refaire mes réserves en eau. Et je repars.

De Roquefort-les-Cascades (km 61) à Lavelanet (km 71)
Cette partie, je la connais quasiment par coeur pour l'avoir souvent ressassée lors de mon 40 km. Mais elle me semble plus facile qu'il y a deux ans. Même la montée vers Péreille, qui fait suite pourtant à une longue partie sur piste, assez inintéressante et cassante. Mais pour qui court, comme moi, c'est aussi le moyen de rattraper et dépasser quelques concurrents émoussés, incapables d'allonger la foulée ou d'accélérer la cadence.
Péreille, sa courte montée vers un collet qui ressemble à une petite brèche et derrière, "Rolland", un spectateur déguisé en chevalier Cathare nous encourage en brandissant à chaque passage son épée et son bouclier. Très sympa...
Juste après vient Raissac et son fameux mur de 200 m de dénivelée suivi d'un faux-plat en descente de 3 km très inconfortable, sur des cailloux enfichés dans le sol où chaque pas doit être mesuré, placé, pensé. Quoiqu'il en soit, je suis encore en jambes. Je monte bien, à tel point que je distance cinq ou six coureurs qui m'accompagnaient au début de la grimpette et en rattrape d'autres. Ces derniers kilomètres sont longs mais Lavelanet se rapproche. La voix du speaker se fait entendre, je sais que c'est la fin.
Enfin, je franchis la ligne. Je ne connais pas mon classement mais je sens que j'ai fait une belle remontée depuis Montferrier. Rien que pour cela, ma course est réussie. Un oeil au chrono, 10h36'. Moins bien qu'espéré, bien sûr, mais les conditions climatiques ne favorisaient pas un temps canon. Pour preuve, même Iker Karrera Aranburu, vainqueur pour la seconde année consécutive, a mis 35 minutes de plus qu'en 2011.

Finalement, je finis 84ème sur 306 partants et 255 arrivants. Très encourageant. Le niveau avait l'air d'être assez élevé cette année. Un très beau trail, exigeant, usant, jamais vraiment roulant mais souvent superbe. Des bénévoles attentionnés, un balisage sans ratage et des sentiers mouillés. Le pied !

Mes temps de passage et classements :

Bélesta : 2h10, 113ème
Fougax-et-Barrineuf : 4h21, 118ème
Montferrier : 6h35, 105ème
Roquefort-les-Cascades : 8h54, 97ème
Raissac : 9h51, 89ème
Lavelanet : 10h36, 84ème

mercredi 8 février 2012

Forest trail, 48 km, 1150m D+



Pour mon premier rendez-vous de l'année, mon choix s'était porté sur un trail qui se court à 20 km de chez moi, dans la forêt de Bouconne, un endroit que je connais bien pour le fréquenter pour l'entraînement ou pour d'autres plaisirs.
Au menu, 46 km et 1000m de D+ annoncés. Familier des lieux, je savais que nous aurions à courir le long de champs labourés et dans les forêts boueuses. Mais les températures sibériennes qui se sont abattues sur la France quelques jours avant le départ ont rendu le terrain très dur. Je m'attendais à de la boue, j'étais donc ravi de cette situation ! Qui plus est, une température de -1°C à 18h30 et une météo dégagée auguraient d'une course "à la fraîche", mais sèche !
Petit événement, je m'alignais sur cette course en même temps que Magali, dont j'ai fait la connaissance via Kikourou, et son ami, François. L'occasion de discuter et d'échanger longuement avant le coup de feu, notamment de la frontale que j'ai achetée sur ses conseils.
Allez, paf ! c'est parti. J'y vais tranquille mais très vite, les sensations sont assez négatives. Le cardio s'emballe pour un rien mais les jambes répondent. Je n'y comprends rien. Une descente vers Lévignac nous fait passer de l'autre côté de la Save pour une balade de plus de 30 km autour de Thil, du Castéra ou de Garac. Le trail alterne sentiers roulants, pistes en terre et chemins forestiers techniques. La nuit est illuminée par la Lune, quasi-pleine. Ca monte et ça descend, c'est quelques fois plat, mais jamais monotone. Les bénévoles, transis de froid, n'oublient jamais de nous encourager. Mention spéciale !
Je m'arrête pour satisfaire un besoin naturel au bout de 3/4 d'heure de course. J'en profite pour avaler une balle énergétique de ma confection (noix de cajou, flocons d'avoine, citron vert, eau, abricots secs, poudre d'amande) glanée dans ce livre qui est devenu pour moi une source d'inspiration... et d'énergie.
Au moment où je repars, je reconnais Magali, juste devant. On fait quelques foulées ensemble. Lorsque je prends le relais, je me rends compte qu'elle ne suit pas ! Je ralentis, mais elle ne revient pas. Tant pis, je continue. Je ne sais pas courir autrement que tout seul je crois...
Je ne suis toujours pas en forme, même si j'arrive à limiter les dégâts. Le sentier continue d'être agréable. Entre ce point et le premier ravitaillement, on serpente principalement sur des chemins plutôt que sur des pistes. Les bords de champs sont malgré tout assez désagréables car le gel a rendu les mottes de terre semblables à des pierres. Il faut faire attention et je manque plus d'une fois me fouler la cheville.
Dans cette obscurité il est cependant très difficile de se repérer. Même pour quelqu'un qui a déjà parcouru le coin et qui dispose (enfin) d'une super frontale. On nous annonce le ravitaillement à moins de 2 kilomètres. Ouf ! J'ai prévu de m'y arrêter pour y faire le plein et boire un  bon thé bien chaud. Les bonnes sensations ne sont toujours pas là, la pause me fera le plus grand bien. Dans la tête ce n'est pas la joie non plus. Je me dis que je suis fou de courir de telles épreuves et que les Citadelles, c'est bien loin et que même peut-être je ne vais pas y participer, c'est trop d'entraînement, trop de fatigue pour ne pas être certain d'être à 100% le jour J... J'évacue vite ces pensées désagréables pour me focaliser sur l'objectif : finir la course. 46km, ce n'est pas la mer à boire.
A l'abbaye de Sainte-Marie du Désert, on se fait pointer. Je file dans le local aménagé et remplis ma poche à eau dans laquelle je rajoute ma poudre magique. Je ne refuse pas le thé chaud non plus et mange quelques tranches de pain d'épices et du chocolat. Les premiers sont passés depuis 40 minutes déjà.
Et je repars. Après quelques foulées, je retrouve Magali ; l'occasion de nous raconter notre course. Elle a l'air d'aller bien et ne s'est pas arrêtée au ravitaillement. Là encore je finis par prendre un peu d'avance et ne la retrouverai qu'à l'arrivée.
Un coup d’œil à ma montre et je me rends compte que mon GPS (plus exactement sa pile) n'a pas résisté aux températures négatives. Fini le kilométrage, je courrai désormais sans repères précis. Les montées se succèdent aux descentes, les sentiers aux pistes et les bois aux bords de lacs. Difficile de savoir où je suis ; difficile également d'évaluer mes sensations. Je suis seul la plupart du temps. Je ne me fais pas rattraper, c'est l'essentiel. Je parviens même à dépasser moi-même quelques coureurs. A la faveur d'un tracé en crête, j'aperçois Le Castéra. Le point d'eau est là-bas, au km 33. J'ai prévu de ne pas m'y arrêter, pariant sur une réserve en liquide suffisante. J'y arrive. On nous fait contourner le village, rare point de lumière dans cette nuit glaciale. Un passage sous un porche, une ruelle et, dans une salle sur la gauche, le ravitaillement. Je fais un salut de la main et continue mon chemin. On me hèle : "hé ! il faut pointer !" Ah ? Je reviens sur mes pas, m'exécute en lançant un "c'était pas prévu ça ?" et repars malgré les invitations à partager un verre !
Mes sensations sont remontées à un très haut niveau, je ne veux pas casser la dynamique. Je fais bien. Dans cette longue portion vers Lévignac, avant la remontée vers Bouconne, je "ramasse" encore 3 ou 4 coureurs dont un avec qui je parcours 2 ou 3 kilomètres. Mais il ne me suivra pas après Larmont. Cela fait environ 4h30 que je cours et mes jambes répondent enfin présent. Je me dis à cet instant que les longues distances, c'est vraiment du plaisir, qu'enfin j'arrive à avoir du jus sur les fins de course et que je suis pressé d'être enfin aux Citadelles.
On traverse une dernière fois la Save puis la N224 pour attaquer la dernière montée digne de ce nom. La piste se transforme vite en sentier et les clairières font place aux sous-bois. Je partage un bon quart d'heure de course avec un gars que je rattrape avant de le distancer juste au moment où la voix amplifiée d'un animateur me fait d'abord croire que l'arrivée approche. Connaissant le coin, cela me surprend. Je sais bien que l'on n'a pas encore traversé la D24 et qu'il reste encore un peu de chemin avant de rejoindre la base de loisirs.
Et effectivement, le speaker est juste là pour nous encourager. Lorsque je débouche sur la route, ses paroles, à défaut de me réchauffer, me donnent quelques indications : "Allez, bravo, plus que quatre kilomètres. Ce n'est pas l'arrivée, nous sommes juste ici pour vous encourager ! Bravo !" Un des bénévoles m'accompagne même quelques mètres sur le sentier en courant, à moitié pour me donner du courage, à moitié pour se réchauffer j'imagine !
Je décide alors d'en remettre une couche. Comme les sensations continuent d'être vraiment très bonnes, j'accélère. Je ne veux pas être rattrapé et je veux tester ma résistance. Le sentier est roulant et j'en reconnais quelques parties. J'ai vraiment du jus, je trottine dans les montées mais aucune frontale devant. Je continue, j'appuie, je ne lâche pas. Et, enfin, alors que nous sommes dans le dernier kilomètre, trois concurrents juste devant. Je les dépasse à l'orée de la forêt, à 300m de l'arrivée.
Je finis en 5h28'50", à la 35ème place.
J'attends Magali qui arrive quelques minutes après moi. Elle aussi a fait une très belle fin de parcours et finis deuxième féminine, à cinq minutes à peine de la première. (Son récit est ici.) Son ami pointera peu de temps après, ayant lui aussi effectué une belle course.
Au bilan, un trail bien plus dur qu'il n'y paraît. Une distance portée réellement à 48 km et un dénivelé à 1150m.
Petit détail : à l'arrivée, la température était de -8°C !

A l'arrivée
Le profil, très... dentelé !

dimanche 8 janvier 2012

Retour sur... le Restonica Trail 2011

Des tonnes de choses à dévoiler. Pour rappel, le récit est .

Le profil de ma course :


Le tableau comparatif temps prévu / réalisé :


Les estimations n'étaient vraiment pas évidentes à élaborer : le dénivelé affiché ne correspondait pas aux relevés que j'avais faits sur la carte. Il était également difficile de savoir précisément les distances parcourues entre chaque point du parcours. D'où quelques erreurs grossières d'estimations. Mais je me suis aussi heurté à la réalité du terrain et à la technicité du parcours, notamment en descendant de Bocca alle Porte. De même, le coup de mou dans la montée au plateau d'Alzu m'a coûté une demi-heure sur mon estimation. Mais à la réflexion, il m'aurait été difficile de mettre le temps que j'avais imaginé, même en forme.

Enfin, voici quelques photos, prises pour la grande majorité par mon père, présent sur l'événement :

L'arche (1)
 
L'arche (2)
La montée vers le Lac de Ninu
Vers Ninu
Campotile
En haut, Bocca alle Porte !

Arrivée à Grutelle (1)

Arrivée à Grutelle (2)

Vallée de la Restonica
Corte, au loin !

Arrivée, boulevard Paoli
 
L'inévitable interview d'après-course !


samedi 7 janvier 2012

Retour sur... le grand raid des Pyrénées 2011

Il me reste encore deux-trois trucs à dévoiler de ce GRP. Pour rappel, mon récit est ici.

Une photo, tout d'abord, prise à Artigues (km 30) :


Le profil de ma course ensuite. En bas, c'est la durée... :



Un tableau comparatif temps de passage prévus / réalisés :


Vivement l'édition 2012 !

dimanche 11 décembre 2011

Grand raid des Pyrénées, 80km, 5000m D+

J’arrive pas à trop dormir mais c’est pas grave, je ne regarderai pas mon portable, je ne veux pas savoir l’heure, pas de stress, il sonnera bien assez tôt... Bonne nouvelle, on dirait bien qu’il ne pleut plus... C’est sûr, non, il ne pleut plus... Faut que je dorme encore un peu, c’est toujours ça de pris.

Ahhhh. Allez, debout. C’est l’heure. C’est dur. Debout. Vite, je prépare mes mixtures. Les avaler, me préparer. J’ai bien tout ? Oui, c’est bon, heureusement que j’ai fait le tour hier. Tiens, je vais ouvrir voir s’il fait froid. Pfff ça caille un peu quand même... Pas grave, je préfère. Par contre, j’ai oublié mes gants. C'est pas vrai...
...
En y étant sur place 30 minutes avant, ça devrait aller. Pas trop le temps de refroidir et je pourrai me placer suffisamment proche des premiers pour ne pas être gêné quand la route laissera la place aux sentiers. Ah, et ne pas oublier la poudre dans l’eau. Voilà. j’ai bien tous mes gels ? Ok, c’est bon. Allez, faut y aller.

Eh ben, c’est pas encore trop la foule ici. Tant mieux, je pourrai facilement me caler dans le premier quart. Tiens, Dawa Sherpa qui se fait prendre en photo par tout le monde. Il est sympa quand même, ça a pas l’air de trop le gêner tous ces groupies... Et qu’est-ce qu’il est affûté... Incroyable... toujours souriant. Faut que j’en profite, après je le verrai plus.
...Et on attend maintenant l’arrivée d’un instant à l’autre du vainqueur de l’ultra, Oscar Perez Lopez, faites lui une ovation, il le mérite bien...
C’est pas vrai ! il arrive déjà ? 5h40, moins de 22h, j’en reviens pas. Vraiment impressionnant... Bravo !
C’est pas le tout ça, mais je vais encore une fois vérifier que tout est en place. Le sac ? Ok... Les gels ? ok... Le dossard ? ok... C’est bon.
Par contre je ne reconnais per...
Paf !
Putain, ça part... allez, tranquille au début, mais ne pas se faire coincer. Petites foulées, voilà... bon ici c’est plat, ca va bientôt monter. Y a du monde quand même dans les villages... On ne s’excite pas, on reste calme... Ah enfin, ça grimpe. Allez, mode marche et c’est parti jusqu’à Portet.... Gaffe à la boue... Belle montée, belle enfilade de frontales...
Faut regarder le lever de soleil sur les montagnes, c’est magnifique !
Il est mignon lui, moi je vais me contenter de faire gaffe à pas tomber... Sympa ce chemin en crête quand même... je suis bien, pas de souci, pas trop vite non plus... Par contre, pas jolie cette station de ski sans neige et cette piste qui monte au col et qui défigure tout.

Je peux éteindre la frontale maintenant, il fait jour... Waouh, de plus en plus de monde, on doit se rapprocher du col... C’est ça, allez bientôt le premier ravito et je vais pouvoir courir un peu dans la descente...
Tiens des ultras...
Bravo ! Courage...
Chapeau les ultras... ils doivent être bien classés eux en plus... Bientôt Merlans... Ca y est...
Bip !
- Merci, bonjour.
- Thé, café ?
Un thé merci, avec du sucre. L’eau, c’est où ? … Ok, merci...
Et c’est reparti. Là je connais, c’est relativement plat jusqu’au lac. Quelle vue... Il est beau ce Néouvielle... Gaffe aux pierres... Ah les lacs... et le col de Bastanet... Pas oublier de resserrer les pompes là-haut. Sérieux, là, quand même je me sens bien. Et puis vraiment c’est beau, rien à dire...
Allez il faut encore monter, passer au refuge de Bastan, encore des lacs, et le dernier coup de cul jusqu’au col... Pas mal de randonneurs par ici, doivent nous prendre pour des fous... Allez, faut pousser, faut pousser...

Cette montée au col depuis le refuge, je ne me la rappelais pas si courte et peu désagréable... Pourtant je suis passé il y a deux mois... La mémoire... Ouf, ça y est, première difficulté passée... Une pause pour me réajuster et je repars... La descente va être longue et c’est pas là que je vais prendre le plus de plaisir... Les lacets... Les bâtons, les replier... Ok, allez, on repart...

Pas si technique que ça, comparé à la Restonica... Oulah, je commence à avoir bien faim moi. Allez, on se tente la barre, elle devrait passer... Rien à dire, elles sont bonnes ces Mulebar, ça cale bien...
Bon, qu’est-ce qui se passe ? Je ne me fais pas trop dépasser dans cette partie. Voilà le refuge de Campana... Superbes ces lacs rien à dire... Et il ne fait pas très beau, tiens, sur le Pic du Midi. Aïe...
Le lac de Gréziolles maitenant. Le contourner et s’engouffrer ensuite dans le vallon vers Artigues... Je me demande bien à quelle place je suis... Plus trop de caillasses par ici... Mais ça descend rude... Pouah, que j’aime pas ces pentes herbeuses, mais bon, on est en course, je vais pas ralentir...

C’est long jusqu’à ce ravito du 30ème... Et après, la montée au Pic... Prendre mon temps à Artigues, y aller cool, je suis bien, faut pas que je me grille maintenant...

Tiens, commence à y avoir un peu de monde par ici, la route là-bas, des voitures... J’arrive enfin... Allez, faut appuyer un peu...
...
Samuel !

Qui me parle ? Tiens c’est Hugues ! Super !
- Salut !
- T’es pas mal là, t’es dans les 110 !
- Ah ouais ! Oulah, c’est pas bon ça, je devrais exploser alors... Ca va ? Ca se passe bien ?
- Oui, c’est bon.
- Bon, je file au ravito, à tout’ !
- A tout’.

Sympa, cool de l’avoir croisé... Ah, c’est là, ok j’y vais, se faire pointer... Sympa la salle, les robinets sont dehors (“pour éviter la piscine dans la salle...”), remplir la poche, vider les poubelles, manger un coup...

Bon c’est pas le tout ça, mais faut grimper maintenant, 14 km, 1600m D+...

La montée vers le Pic du Midi fut d’abord une surprise. Le sentier le long de la cascade d’Arizes est très court mais extrêmement pentu. Puis ce fut un calvaire pendant près d’une heure. Pas de jambes, pas de jus, pas de force. Juste assez de mental pour essayer de ne pas me faire distancer par un groupe qui avait eu l’outrecuidance de me dépasser peu après le Pont des Vaquès. Je m’alimente et je bois correctement malgré tout. Je tiens à ne rien lâcher, surtout pas les fondamentaux. Le plafond est bas, les nuages finissent par nous cacher la vue du Pic. Un peu avant Sencours, les sensations positives reprennent le dessus. Je raccroche le groupe qui m’avait pris un peu de distance et parviens à tenir la cadence. A Sencours, je prends la décision de faire un bon arrêt. D’abord pour refaire le plein d’eau et ensuite pour parfaire ma récupération. Les bénévoles sont installés dans les ruines des premiers scientifiques et l’accueil est toujours aussi sympathique et avenant. Je lorgne sur le cake mais préfère m’en défaire. Je m’en tiens au pain d’épices et aux abricots secs, arrosés d’eau pétillante.
Je repars après plusieurs minutes pour le dernier morceau de l’ascension : 500m de D+ en 7 km, sur piste jusqu’à l’Hôtellerie des Laquets, puis sur un sentier jusqu’au sommet. Sur les premiers mètres, un regret me taraude : j’aurais dû manger de ce cake, qui me fait vraiment envie. C’est décidé, au retour, je m’empiffre.
J’ai confirmation aussi de mon meilleur état de forme. Certains coureurs ne me suivent pas, d’autres finissent par me voir le dos. Cette partie est pénible, sans autre intérêt que celui de gravir ce sommet, symbole de la Bigorre, et belvédère incomparable sur les Pyrénées centrales. Dans les derniers mètres, sur le sentier, il y a du monde. Non seulement les concurrents du grand raid, mais aussi des randonneurs ou des familles venues faire un petit tour. Le temps fraîchit avec l’altitude et sur les ultimes mètres du sommet les traces de neiges de la veille sont encore présentes. Je me fais pointer sur une des plateformes de l’observatoire. Un coup d’oeil sur l’ordinateur et je vois que je suis 127ème. J’ai bien perdu quelques places, mais j’ai limité la casse.

Q : Et là, Samuel, comment se passe cette descente vers Tournaboup ?
R : Jusqu’à Sencours, pas de souci pas majeur. Je me rends bien compte que je vais un peu plus vite que d’habitude mais mes jambes répondent et je pense que je suis grisé par la bonne fin d’ascension que je viens d’effectuer. Bref, j’arrive assez bien à Sencours.
Q : Quelle décision prends-tu à ce moment ?
R : Je m’arrête. J’avais décidé de manger du cake en quittant Sencours une heure plus tôt, j’étais résolu à m’y tenir. J’en grignote donc deux ou trois parts, avec de l’eau gazeuse et je repars.
Q : Toujours aussi frais ?
R : Au début, oui. Aucun souci. Je suis même surpris de mon bon état général. Mais à partir du col de la Bonide (alt. 2150, NDLR), ça ne va plus du tout. Les jambes durcissent, j’ai mal partout, je n’arrive plus à me tenir... Je souffre et je n’ai qu’une envie, arriver à Tournaboup pour me poser, manger et reprendre la montée. Je sais que la descente ce n’est vraiment pas ma spécialité mais là, vraiment, j’ai mal. Je me souviens encore de la piste de ski, droit dans la pente, jusqu’à Super Barèges : un calvaire...
Q : Envie d’arrêter ?
R : Non, évidemment pas. Je n’ai encore jamais abandonné dans une course. Je me raccrochais au fait que ce genre de douleur est normal au bout de 8h30 de course. Au fait aussi que j’avais passé la moitié de la course et qu’on ne s’arrête pas simplement sur des cuisses en feu !
Q : A Tournaboup, quelle décision prends-tu finalement ?
R : De prendre mon temps. Une course, ça se réussit aussi en prenant son temps. Tournaboup, c’est le gros ravitaillement, celui où on mange du salé et du chaud. Celui où le moral doit remonter. Il est 14h, il y fait beau : je prends donc une soupe, du cake (irrésistible !) et de l’eau gazeuse. Je refais mon sac, vide mes poubelles et prépare mes gels pour la prochaine montée. Je ne sais pas pourquoi mais je prends vraiment mon temps. Sans doute y suis-je bien, à Tournaboup !
Q : Et comment abordes-tu, mentalement, à ce moment de la course, les 30 kilomètres qui te séparent de l’arrivée ?
R : Plutôt bien. Je connais toute la partie jusqu’à la cabane d’Aygues-Cluses ainsi que la descente du Col de Barèges au Lac de l’Oule. J’avais reconnu ce coin en juin. Je suis donc confiant, comme on peut être confiant en abordant, quoique fatigué, un tracé que l’on connaît.

Ca y est, c’est le Col de Barèges. Elle était dure cette montée quand même... Et puis pareil que pour le Pic du Midi : un première partie à la ramasse, une seconde en bien meilleure forme... Incroyable l’ultra comme ça peut nous faire passer par toutes les émotions et les sensations en si peu de temps... Sympa aussi ce gars avec qui je suis monté. Il m’a bien aidé au début... Et à Aygues-Cluses, encore un bon accueil...
Allez, maintenant une partie magnifique mais je la redoute. Glissant, technique, piégeux. Faire gaffe... J’espère que ce ne sera pas aussi dur que la descente du Pic du Midi ! Bon ils sont devant les gars que j’ai tirés dans les derniers mètres du col... Normal, je suis une bille en descente...

Bon là, de deux choses l’une : soit ils sont plus mauvais que moi en descente (pourtant le gars m’avait dit, avant Aygues-Cluses, qu’il descendait plutôt bien), soit je ne suis pas si mal que ça... Waouh, je dépasse des types en descente...
Bon, là c’est le lac de Coste-Ouillère, vient une longue portion dans la forêt... Ne pas se déconcentrer, je ne suis pas tombé, contrairement à ma reco de juin... Et tenir le ryhtme, ne pas me faire rattraper par les gars de tout à l’heure... ce serait trop bête...
Pfou, c’est long cette arrivée au Lac de l’Oule... Mais je dois me rapprocher, vu les touristes...

Pardon !
...
Merci.

Merci.

Ca y est, le lac. Maintenant on remonte vers la gauche. Tiens un groupe. Je serais descendu si bien que ça ?... Non, c’est des concurrents de l’Ultra... Il est quelle heure ? Plus de 17h ? Ca fait douze heures que je cours, eux vingt-deux de plus. Ils vont finir en 40h. Chapeau quand même... Bon allez, pas de pitié, je les passe...
...
Bravo les gars ! courage !

Bon maintenant c’est plat jusqu’à Merlans. Mon objectif c’est quinze heures max... Et surtout, ne pas me faire reprendre par les gars de la montée d’Aygues-Cluses... Courir, courir le plus possible... Bien se gérer aussi...
Ahh Merlans... Je me refais le plein d’eau, je bois un thé et je repars. Je ne m’énerve pas mais je ne m’étends pas... Et puis il fait froid là...

Et il reprend son chemin, décidé, déterminé à terminer la course. Faire moins de 15h ? C’est possible il le sait. A condition de ne pas lambiner. Son chrono, il ne le regardera pas. Il ne veut pas réfléchir, il veut en finir. Arrivé au Col de Portet, c’est facile, il suffit de descendre. Les premières pentes, sur les pistes de la station d’Espiaube, sont violentes, assassines. Il souffre et il souffre aussi pour les coureurs de l’Ultra qui descendent dos à la vallée pour soulager leurs cuisses. Il ne réfléchit pas, il continue de courir. Beaucoup de bitume. Il ne sait pas s’il doit s’en réjouir ou s’il préfère les sentiers. Il n’a pas le temps d’y penser que des gendarmes lui font signe, non pas de s’arrêter, mais de prendre à droite un chemin qui file sous bois. Il continue de trotter. Le confort de ce passage, sa beauté et son calme le rassérènent. L’arrivée se rapproche. Il le sait.
Certes, sa foulée est lourdeur. D’autres le dépassent. Mais il n’en a cure. Il tient. Il reconnaît les sentiers empruntés le matin, dans la nuit. Dans Vignec, il décide d’accélerer. Ca doit passer. Il ne lui reste plus longtemps pour franchier la ligne. Vielle-Aure, son église, sa ruelle, les enfants et le public. L’arche, c’est la fin !
Il réussit son objectif. En 14h52, le tour est bouclé avant que la nuit ne tombe !

vendredi 26 août 2011

GRP, J-1

Et voilà, plus que quelques heures avant le départ. Je suis allé
récupérer mon dossard, numéro 1050. En cadeaux, un tee-shirt, une
bouteille de madiran, un saucisson et une tourte. Un conseil : en
profiter à l'arrivée, ni avant, ni pendant !

Mon sac est prêt. J'ai dû me rabattre sur un sac peu pratique mais de
plus grande contenance. Le matériel obligatoire prend beaucoup de
place et les conditions météorologiques justifient largement les
précautions prises. Aujourd'hui beaucoup de pluie, de vent et de la
fraîcheur. D'ailleurs les coureurs de l'ultra sont partis avec 2
heures de retard sur l'heure prévue a cause des orages et le pic du
Midi a dû être évité. Et oui, même la neige s'est invitée a partir de
2200 m d'altitude !

Allez, hauts les coeurs, ca va bien se passer. Un bon repas de
féculents, une bonne nuit et c'est parti.

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jeudi 25 août 2011

GRP, J-2

A deux jours maitenant du grand raid, penchons-nous sur le profil du parcours et le terrain lui-même.

Le profil



Le premier qualificatif qui vient à l'esprit quand on le regarde est : sinusoïdal. Une succession de montées et de descentes. Pas de plat, pas de répit.

Cinq ascensions viennent rythmer la course. Parmi elles, trois atteignent ou dépassent 1000m consécutifs :
  • de Vielle-Aure (791) au Col de Portet (2215) : plus de 1400m pour 11,9 km, soit une pente de 11,7%.
  • d'Artigues (1190) au Pic du Midi (2876) : 1680m en 11,7 km (pente de 14,4 %) !
  • de Tournaboup (1436) au col de Barèges (2469) : plus de 1000m en 8,1 km (pente de 12,3 %).
Si ce dernier gros morceau va certainement être usant, je pense aussi que le petit "ressaut" de 400m entre la cabane de la Lude et le Restaurant Merlans promet de se faire sentir.

Les descentes sont évidemment à l'image de leurs images miroirs : longues. Et la plus longue étant, en distance comme en perte d'altitude, la dernière ! 1500 m à dévaler sur 12 km entre le col de Portet et l'arrivée alors que j'aurai très certainement à ce moment de la course plus de 11 à 12h d'effort dans les jambes. Si on n'oublie pas que ce n'est pas mon fort, je pense que je vais la trouver longue, cette dernière portion.

Le terrain

De l'ensemble du tracé, j'ai déjà parcouru, en rando ou en mode trail, l'équivalent de 37 km. Jusqu'aux lacs de Bastan, il n'y a aucune véritable difficulté, le tracé est assez confortable. De Bastan à Gréziolles, ça se corse. Beaucoup de pierres et de cailloux. Mais un paysage somptueux. Il faudra rester concentré malgré tout. Ensuite, jusqu'à Tournaboup, les sentiers restent assez souples. Dans la montée d'Aygues-Cluses jusqu'à la cabane de la Lude, on retrouve un terrain assez minéral et cassant où courir sera sans doute délicat voire impossible. De là, jusqu'à l'arrivée, on retrouvera des traces plus roulantes. Mais la fatigue sera grande et l'attention aura diminué !

Les photos suivantes (prises au gré de mes reconnaissances et randonnées) donnent un aperçu de quelques portions du parcours :

Le col de Sencours

Depuis le col de Bastanet, en venant du refuge de Bastan

Depuis le col de Bastanet, vers Campana

Lac de Coste Ouillère

Aux alentours d'Aygues Cluses
La descente depuis le Pic du Midi