mercredi 29 février 2012

Trail Gascon, 11,2 km, 250m D+

Le Trail Gascon est une épreuve courue dans le Gers, à Gimont, à un quart d'heure de chez moi. Motivé par mon frère Kévin, en vacances à la maison, je décide d'y participer avec lui. Des deux distances au programme, nous choisissons la moindre ! 11 km au programme. Malheureusement la nuit précédente fut difficile pour moi avec pas mal de fièvre.
Après avoir pris nos dossards et récupéré la bouteille de floc, en route pour l'échauffement. Confirmation, la température corporelle est très élevée, la fréquence cardiaque aussi. J'avais imaginé courir le trail à fond, je me résouds à le courir avec Kévin, mode entraînement.
Dès le départ, il est évident que j'ai pris la bonne résolution. Je n'ai aucune sensation et je transpire beaucoup. Kévin avance assez vite. Le terrain est beaucoup moins gras qu'il n'aurait pu l'être. Au fur et à mesure, je reprends du poil de la bête. Le bidon que j'avais pris soin d'emporter pour me ravitailler nous sert à tous les deux. J'essaie autant que faire se peut de lui servir de lièvre. Les cinq premiers kilomètres sont parcourus en 28 minutes. Le parcours emprunte de nombreux sentiers et pistes et délaisse le goudron dans la campagne gimontoise. C'est assez charmant. Un passage notamment nous a marqués par la vue sur les collines gersoises à la sortie d'un bois.
Nous finissons la course comme nous pouvons aux 31ème et 32ème places sur 127 classés, en 1h et quelques secondes !
Très joli trail, idéal pour une remise en jambe. Une organisation adaptée et sympathique ! Bref, un dimanche matin réussi...

mercredi 8 février 2012

Forest trail, 48 km, 1150m D+



Pour mon premier rendez-vous de l'année, mon choix s'était porté sur un trail qui se court à 20 km de chez moi, dans la forêt de Bouconne, un endroit que je connais bien pour le fréquenter pour l'entraînement ou pour d'autres plaisirs.
Au menu, 46 km et 1000m de D+ annoncés. Familier des lieux, je savais que nous aurions à courir le long de champs labourés et dans les forêts boueuses. Mais les températures sibériennes qui se sont abattues sur la France quelques jours avant le départ ont rendu le terrain très dur. Je m'attendais à de la boue, j'étais donc ravi de cette situation ! Qui plus est, une température de -1°C à 18h30 et une météo dégagée auguraient d'une course "à la fraîche", mais sèche !
Petit événement, je m'alignais sur cette course en même temps que Magali, dont j'ai fait la connaissance via Kikourou, et son ami, François. L'occasion de discuter et d'échanger longuement avant le coup de feu, notamment de la frontale que j'ai achetée sur ses conseils.
Allez, paf ! c'est parti. J'y vais tranquille mais très vite, les sensations sont assez négatives. Le cardio s'emballe pour un rien mais les jambes répondent. Je n'y comprends rien. Une descente vers Lévignac nous fait passer de l'autre côté de la Save pour une balade de plus de 30 km autour de Thil, du Castéra ou de Garac. Le trail alterne sentiers roulants, pistes en terre et chemins forestiers techniques. La nuit est illuminée par la Lune, quasi-pleine. Ca monte et ça descend, c'est quelques fois plat, mais jamais monotone. Les bénévoles, transis de froid, n'oublient jamais de nous encourager. Mention spéciale !
Je m'arrête pour satisfaire un besoin naturel au bout de 3/4 d'heure de course. J'en profite pour avaler une balle énergétique de ma confection (noix de cajou, flocons d'avoine, citron vert, eau, abricots secs, poudre d'amande) glanée dans ce livre qui est devenu pour moi une source d'inspiration... et d'énergie.
Au moment où je repars, je reconnais Magali, juste devant. On fait quelques foulées ensemble. Lorsque je prends le relais, je me rends compte qu'elle ne suit pas ! Je ralentis, mais elle ne revient pas. Tant pis, je continue. Je ne sais pas courir autrement que tout seul je crois...
Je ne suis toujours pas en forme, même si j'arrive à limiter les dégâts. Le sentier continue d'être agréable. Entre ce point et le premier ravitaillement, on serpente principalement sur des chemins plutôt que sur des pistes. Les bords de champs sont malgré tout assez désagréables car le gel a rendu les mottes de terre semblables à des pierres. Il faut faire attention et je manque plus d'une fois me fouler la cheville.
Dans cette obscurité il est cependant très difficile de se repérer. Même pour quelqu'un qui a déjà parcouru le coin et qui dispose (enfin) d'une super frontale. On nous annonce le ravitaillement à moins de 2 kilomètres. Ouf ! J'ai prévu de m'y arrêter pour y faire le plein et boire un  bon thé bien chaud. Les bonnes sensations ne sont toujours pas là, la pause me fera le plus grand bien. Dans la tête ce n'est pas la joie non plus. Je me dis que je suis fou de courir de telles épreuves et que les Citadelles, c'est bien loin et que même peut-être je ne vais pas y participer, c'est trop d'entraînement, trop de fatigue pour ne pas être certain d'être à 100% le jour J... J'évacue vite ces pensées désagréables pour me focaliser sur l'objectif : finir la course. 46km, ce n'est pas la mer à boire.
A l'abbaye de Sainte-Marie du Désert, on se fait pointer. Je file dans le local aménagé et remplis ma poche à eau dans laquelle je rajoute ma poudre magique. Je ne refuse pas le thé chaud non plus et mange quelques tranches de pain d'épices et du chocolat. Les premiers sont passés depuis 40 minutes déjà.
Et je repars. Après quelques foulées, je retrouve Magali ; l'occasion de nous raconter notre course. Elle a l'air d'aller bien et ne s'est pas arrêtée au ravitaillement. Là encore je finis par prendre un peu d'avance et ne la retrouverai qu'à l'arrivée.
Un coup d’œil à ma montre et je me rends compte que mon GPS (plus exactement sa pile) n'a pas résisté aux températures négatives. Fini le kilométrage, je courrai désormais sans repères précis. Les montées se succèdent aux descentes, les sentiers aux pistes et les bois aux bords de lacs. Difficile de savoir où je suis ; difficile également d'évaluer mes sensations. Je suis seul la plupart du temps. Je ne me fais pas rattraper, c'est l'essentiel. Je parviens même à dépasser moi-même quelques coureurs. A la faveur d'un tracé en crête, j'aperçois Le Castéra. Le point d'eau est là-bas, au km 33. J'ai prévu de ne pas m'y arrêter, pariant sur une réserve en liquide suffisante. J'y arrive. On nous fait contourner le village, rare point de lumière dans cette nuit glaciale. Un passage sous un porche, une ruelle et, dans une salle sur la gauche, le ravitaillement. Je fais un salut de la main et continue mon chemin. On me hèle : "hé ! il faut pointer !" Ah ? Je reviens sur mes pas, m'exécute en lançant un "c'était pas prévu ça ?" et repars malgré les invitations à partager un verre !
Mes sensations sont remontées à un très haut niveau, je ne veux pas casser la dynamique. Je fais bien. Dans cette longue portion vers Lévignac, avant la remontée vers Bouconne, je "ramasse" encore 3 ou 4 coureurs dont un avec qui je parcours 2 ou 3 kilomètres. Mais il ne me suivra pas après Larmont. Cela fait environ 4h30 que je cours et mes jambes répondent enfin présent. Je me dis à cet instant que les longues distances, c'est vraiment du plaisir, qu'enfin j'arrive à avoir du jus sur les fins de course et que je suis pressé d'être enfin aux Citadelles.
On traverse une dernière fois la Save puis la N224 pour attaquer la dernière montée digne de ce nom. La piste se transforme vite en sentier et les clairières font place aux sous-bois. Je partage un bon quart d'heure de course avec un gars que je rattrape avant de le distancer juste au moment où la voix amplifiée d'un animateur me fait d'abord croire que l'arrivée approche. Connaissant le coin, cela me surprend. Je sais bien que l'on n'a pas encore traversé la D24 et qu'il reste encore un peu de chemin avant de rejoindre la base de loisirs.
Et effectivement, le speaker est juste là pour nous encourager. Lorsque je débouche sur la route, ses paroles, à défaut de me réchauffer, me donnent quelques indications : "Allez, bravo, plus que quatre kilomètres. Ce n'est pas l'arrivée, nous sommes juste ici pour vous encourager ! Bravo !" Un des bénévoles m'accompagne même quelques mètres sur le sentier en courant, à moitié pour me donner du courage, à moitié pour se réchauffer j'imagine !
Je décide alors d'en remettre une couche. Comme les sensations continuent d'être vraiment très bonnes, j'accélère. Je ne veux pas être rattrapé et je veux tester ma résistance. Le sentier est roulant et j'en reconnais quelques parties. J'ai vraiment du jus, je trottine dans les montées mais aucune frontale devant. Je continue, j'appuie, je ne lâche pas. Et, enfin, alors que nous sommes dans le dernier kilomètre, trois concurrents juste devant. Je les dépasse à l'orée de la forêt, à 300m de l'arrivée.
Je finis en 5h28'50", à la 35ème place.
J'attends Magali qui arrive quelques minutes après moi. Elle aussi a fait une très belle fin de parcours et finis deuxième féminine, à cinq minutes à peine de la première. (Son récit est ici.) Son ami pointera peu de temps après, ayant lui aussi effectué une belle course.
Au bilan, un trail bien plus dur qu'il n'y paraît. Une distance portée réellement à 48 km et un dénivelé à 1150m.
Petit détail : à l'arrivée, la température était de -8°C !

A l'arrivée
Le profil, très... dentelé !

mercredi 18 janvier 2012

Sortie longue sur le sentier Cathare



Vendredi dernier, sortie longue entre Foix et les ruines du Château de Roquefixade par le sentier cathare. Belle sortie, qui m'a permis de me re-familiariser avec l'effort longue durée et le dénivelé (4h45, 35,2 km, 1600 m D+).

Ca commence sec avec la montée au Pech de Foix. C'est ensuite plus roulant, d'abord par un très joli sentier en crête puis, à partir du Col de Pa, par une piste forestière que l'on suit sur plusieurs kilomètres. Aux alentours du Pic de l'Aspre, on alterne entre sous-bois, sentiers et pistes avant de rejoindre le lieu-dit Charillon pour le village de Leychert. Du village, la vue sur Roquefixade est impressionnante. Il ne reste plus qu'à suivre le nouveau sentier jusqu'aux ruines. Arrivé en 2h30, j'y fais une pause repas assez brève, contemplant la chaîne Ariégeoise enneigée, avant de repartir.



Le retour sera d'ailleurs plus rapide (2h15), d'abord parce que le dénivelé est moins important (500m contre 1000m pour l'aller), ensuite parce que je m'éviterai un détour au niveau de Roc de Cos, qui m'a coûté 1,5 km en plus à l'aller ! Le balisage est par endroits assez discret, voire effacé.


dimanche 8 janvier 2012

Retour sur... le Restonica Trail 2011

Des tonnes de choses à dévoiler. Pour rappel, le récit est .

Le profil de ma course :


Le tableau comparatif temps prévu / réalisé :


Les estimations n'étaient vraiment pas évidentes à élaborer : le dénivelé affiché ne correspondait pas aux relevés que j'avais faits sur la carte. Il était également difficile de savoir précisément les distances parcourues entre chaque point du parcours. D'où quelques erreurs grossières d'estimations. Mais je me suis aussi heurté à la réalité du terrain et à la technicité du parcours, notamment en descendant de Bocca alle Porte. De même, le coup de mou dans la montée au plateau d'Alzu m'a coûté une demi-heure sur mon estimation. Mais à la réflexion, il m'aurait été difficile de mettre le temps que j'avais imaginé, même en forme.

Enfin, voici quelques photos, prises pour la grande majorité par mon père, présent sur l'événement :

L'arche (1)
 
L'arche (2)
La montée vers le Lac de Ninu
Vers Ninu
Campotile
En haut, Bocca alle Porte !

Arrivée à Grutelle (1)

Arrivée à Grutelle (2)

Vallée de la Restonica
Corte, au loin !

Arrivée, boulevard Paoli
 
L'inévitable interview d'après-course !


samedi 7 janvier 2012

Retour sur... le grand raid des Pyrénées 2011

Il me reste encore deux-trois trucs à dévoiler de ce GRP. Pour rappel, mon récit est ici.

Une photo, tout d'abord, prise à Artigues (km 30) :


Le profil de ma course ensuite. En bas, c'est la durée... :



Un tableau comparatif temps de passage prévus / réalisés :


Vivement l'édition 2012 !

mardi 3 janvier 2012

Bilan 2011 en chiffres

Pour les amateurs de chiffres, voici un petit état des lieux de mon année 2011 en course à pied. N'y figurent pas les sorties vélo (18 séances, 757 km, 30h22'), natation (17 séances, 15 km, 12h) et randonnées (5 sorties, 7800m D+).



Un graphique des km :


Un graphique des dénivelées :


Un graphique de la part respective des séances sur l'année :


dimanche 11 décembre 2011

Grand raid des Pyrénées, 80km, 5000m D+

J’arrive pas à trop dormir mais c’est pas grave, je ne regarderai pas mon portable, je ne veux pas savoir l’heure, pas de stress, il sonnera bien assez tôt... Bonne nouvelle, on dirait bien qu’il ne pleut plus... C’est sûr, non, il ne pleut plus... Faut que je dorme encore un peu, c’est toujours ça de pris.

Ahhhh. Allez, debout. C’est l’heure. C’est dur. Debout. Vite, je prépare mes mixtures. Les avaler, me préparer. J’ai bien tout ? Oui, c’est bon, heureusement que j’ai fait le tour hier. Tiens, je vais ouvrir voir s’il fait froid. Pfff ça caille un peu quand même... Pas grave, je préfère. Par contre, j’ai oublié mes gants. C'est pas vrai...
...
En y étant sur place 30 minutes avant, ça devrait aller. Pas trop le temps de refroidir et je pourrai me placer suffisamment proche des premiers pour ne pas être gêné quand la route laissera la place aux sentiers. Ah, et ne pas oublier la poudre dans l’eau. Voilà. j’ai bien tous mes gels ? Ok, c’est bon. Allez, faut y aller.

Eh ben, c’est pas encore trop la foule ici. Tant mieux, je pourrai facilement me caler dans le premier quart. Tiens, Dawa Sherpa qui se fait prendre en photo par tout le monde. Il est sympa quand même, ça a pas l’air de trop le gêner tous ces groupies... Et qu’est-ce qu’il est affûté... Incroyable... toujours souriant. Faut que j’en profite, après je le verrai plus.
...Et on attend maintenant l’arrivée d’un instant à l’autre du vainqueur de l’ultra, Oscar Perez Lopez, faites lui une ovation, il le mérite bien...
C’est pas vrai ! il arrive déjà ? 5h40, moins de 22h, j’en reviens pas. Vraiment impressionnant... Bravo !
C’est pas le tout ça, mais je vais encore une fois vérifier que tout est en place. Le sac ? Ok... Les gels ? ok... Le dossard ? ok... C’est bon.
Par contre je ne reconnais per...
Paf !
Putain, ça part... allez, tranquille au début, mais ne pas se faire coincer. Petites foulées, voilà... bon ici c’est plat, ca va bientôt monter. Y a du monde quand même dans les villages... On ne s’excite pas, on reste calme... Ah enfin, ça grimpe. Allez, mode marche et c’est parti jusqu’à Portet.... Gaffe à la boue... Belle montée, belle enfilade de frontales...
Faut regarder le lever de soleil sur les montagnes, c’est magnifique !
Il est mignon lui, moi je vais me contenter de faire gaffe à pas tomber... Sympa ce chemin en crête quand même... je suis bien, pas de souci, pas trop vite non plus... Par contre, pas jolie cette station de ski sans neige et cette piste qui monte au col et qui défigure tout.

Je peux éteindre la frontale maintenant, il fait jour... Waouh, de plus en plus de monde, on doit se rapprocher du col... C’est ça, allez bientôt le premier ravito et je vais pouvoir courir un peu dans la descente...
Tiens des ultras...
Bravo ! Courage...
Chapeau les ultras... ils doivent être bien classés eux en plus... Bientôt Merlans... Ca y est...
Bip !
- Merci, bonjour.
- Thé, café ?
Un thé merci, avec du sucre. L’eau, c’est où ? … Ok, merci...
Et c’est reparti. Là je connais, c’est relativement plat jusqu’au lac. Quelle vue... Il est beau ce Néouvielle... Gaffe aux pierres... Ah les lacs... et le col de Bastanet... Pas oublier de resserrer les pompes là-haut. Sérieux, là, quand même je me sens bien. Et puis vraiment c’est beau, rien à dire...
Allez il faut encore monter, passer au refuge de Bastan, encore des lacs, et le dernier coup de cul jusqu’au col... Pas mal de randonneurs par ici, doivent nous prendre pour des fous... Allez, faut pousser, faut pousser...

Cette montée au col depuis le refuge, je ne me la rappelais pas si courte et peu désagréable... Pourtant je suis passé il y a deux mois... La mémoire... Ouf, ça y est, première difficulté passée... Une pause pour me réajuster et je repars... La descente va être longue et c’est pas là que je vais prendre le plus de plaisir... Les lacets... Les bâtons, les replier... Ok, allez, on repart...

Pas si technique que ça, comparé à la Restonica... Oulah, je commence à avoir bien faim moi. Allez, on se tente la barre, elle devrait passer... Rien à dire, elles sont bonnes ces Mulebar, ça cale bien...
Bon, qu’est-ce qui se passe ? Je ne me fais pas trop dépasser dans cette partie. Voilà le refuge de Campana... Superbes ces lacs rien à dire... Et il ne fait pas très beau, tiens, sur le Pic du Midi. Aïe...
Le lac de Gréziolles maitenant. Le contourner et s’engouffrer ensuite dans le vallon vers Artigues... Je me demande bien à quelle place je suis... Plus trop de caillasses par ici... Mais ça descend rude... Pouah, que j’aime pas ces pentes herbeuses, mais bon, on est en course, je vais pas ralentir...

C’est long jusqu’à ce ravito du 30ème... Et après, la montée au Pic... Prendre mon temps à Artigues, y aller cool, je suis bien, faut pas que je me grille maintenant...

Tiens, commence à y avoir un peu de monde par ici, la route là-bas, des voitures... J’arrive enfin... Allez, faut appuyer un peu...
...
Samuel !

Qui me parle ? Tiens c’est Hugues ! Super !
- Salut !
- T’es pas mal là, t’es dans les 110 !
- Ah ouais ! Oulah, c’est pas bon ça, je devrais exploser alors... Ca va ? Ca se passe bien ?
- Oui, c’est bon.
- Bon, je file au ravito, à tout’ !
- A tout’.

Sympa, cool de l’avoir croisé... Ah, c’est là, ok j’y vais, se faire pointer... Sympa la salle, les robinets sont dehors (“pour éviter la piscine dans la salle...”), remplir la poche, vider les poubelles, manger un coup...

Bon c’est pas le tout ça, mais faut grimper maintenant, 14 km, 1600m D+...

La montée vers le Pic du Midi fut d’abord une surprise. Le sentier le long de la cascade d’Arizes est très court mais extrêmement pentu. Puis ce fut un calvaire pendant près d’une heure. Pas de jambes, pas de jus, pas de force. Juste assez de mental pour essayer de ne pas me faire distancer par un groupe qui avait eu l’outrecuidance de me dépasser peu après le Pont des Vaquès. Je m’alimente et je bois correctement malgré tout. Je tiens à ne rien lâcher, surtout pas les fondamentaux. Le plafond est bas, les nuages finissent par nous cacher la vue du Pic. Un peu avant Sencours, les sensations positives reprennent le dessus. Je raccroche le groupe qui m’avait pris un peu de distance et parviens à tenir la cadence. A Sencours, je prends la décision de faire un bon arrêt. D’abord pour refaire le plein d’eau et ensuite pour parfaire ma récupération. Les bénévoles sont installés dans les ruines des premiers scientifiques et l’accueil est toujours aussi sympathique et avenant. Je lorgne sur le cake mais préfère m’en défaire. Je m’en tiens au pain d’épices et aux abricots secs, arrosés d’eau pétillante.
Je repars après plusieurs minutes pour le dernier morceau de l’ascension : 500m de D+ en 7 km, sur piste jusqu’à l’Hôtellerie des Laquets, puis sur un sentier jusqu’au sommet. Sur les premiers mètres, un regret me taraude : j’aurais dû manger de ce cake, qui me fait vraiment envie. C’est décidé, au retour, je m’empiffre.
J’ai confirmation aussi de mon meilleur état de forme. Certains coureurs ne me suivent pas, d’autres finissent par me voir le dos. Cette partie est pénible, sans autre intérêt que celui de gravir ce sommet, symbole de la Bigorre, et belvédère incomparable sur les Pyrénées centrales. Dans les derniers mètres, sur le sentier, il y a du monde. Non seulement les concurrents du grand raid, mais aussi des randonneurs ou des familles venues faire un petit tour. Le temps fraîchit avec l’altitude et sur les ultimes mètres du sommet les traces de neiges de la veille sont encore présentes. Je me fais pointer sur une des plateformes de l’observatoire. Un coup d’oeil sur l’ordinateur et je vois que je suis 127ème. J’ai bien perdu quelques places, mais j’ai limité la casse.

Q : Et là, Samuel, comment se passe cette descente vers Tournaboup ?
R : Jusqu’à Sencours, pas de souci pas majeur. Je me rends bien compte que je vais un peu plus vite que d’habitude mais mes jambes répondent et je pense que je suis grisé par la bonne fin d’ascension que je viens d’effectuer. Bref, j’arrive assez bien à Sencours.
Q : Quelle décision prends-tu à ce moment ?
R : Je m’arrête. J’avais décidé de manger du cake en quittant Sencours une heure plus tôt, j’étais résolu à m’y tenir. J’en grignote donc deux ou trois parts, avec de l’eau gazeuse et je repars.
Q : Toujours aussi frais ?
R : Au début, oui. Aucun souci. Je suis même surpris de mon bon état général. Mais à partir du col de la Bonide (alt. 2150, NDLR), ça ne va plus du tout. Les jambes durcissent, j’ai mal partout, je n’arrive plus à me tenir... Je souffre et je n’ai qu’une envie, arriver à Tournaboup pour me poser, manger et reprendre la montée. Je sais que la descente ce n’est vraiment pas ma spécialité mais là, vraiment, j’ai mal. Je me souviens encore de la piste de ski, droit dans la pente, jusqu’à Super Barèges : un calvaire...
Q : Envie d’arrêter ?
R : Non, évidemment pas. Je n’ai encore jamais abandonné dans une course. Je me raccrochais au fait que ce genre de douleur est normal au bout de 8h30 de course. Au fait aussi que j’avais passé la moitié de la course et qu’on ne s’arrête pas simplement sur des cuisses en feu !
Q : A Tournaboup, quelle décision prends-tu finalement ?
R : De prendre mon temps. Une course, ça se réussit aussi en prenant son temps. Tournaboup, c’est le gros ravitaillement, celui où on mange du salé et du chaud. Celui où le moral doit remonter. Il est 14h, il y fait beau : je prends donc une soupe, du cake (irrésistible !) et de l’eau gazeuse. Je refais mon sac, vide mes poubelles et prépare mes gels pour la prochaine montée. Je ne sais pas pourquoi mais je prends vraiment mon temps. Sans doute y suis-je bien, à Tournaboup !
Q : Et comment abordes-tu, mentalement, à ce moment de la course, les 30 kilomètres qui te séparent de l’arrivée ?
R : Plutôt bien. Je connais toute la partie jusqu’à la cabane d’Aygues-Cluses ainsi que la descente du Col de Barèges au Lac de l’Oule. J’avais reconnu ce coin en juin. Je suis donc confiant, comme on peut être confiant en abordant, quoique fatigué, un tracé que l’on connaît.

Ca y est, c’est le Col de Barèges. Elle était dure cette montée quand même... Et puis pareil que pour le Pic du Midi : un première partie à la ramasse, une seconde en bien meilleure forme... Incroyable l’ultra comme ça peut nous faire passer par toutes les émotions et les sensations en si peu de temps... Sympa aussi ce gars avec qui je suis monté. Il m’a bien aidé au début... Et à Aygues-Cluses, encore un bon accueil...
Allez, maintenant une partie magnifique mais je la redoute. Glissant, technique, piégeux. Faire gaffe... J’espère que ce ne sera pas aussi dur que la descente du Pic du Midi ! Bon ils sont devant les gars que j’ai tirés dans les derniers mètres du col... Normal, je suis une bille en descente...

Bon là, de deux choses l’une : soit ils sont plus mauvais que moi en descente (pourtant le gars m’avait dit, avant Aygues-Cluses, qu’il descendait plutôt bien), soit je ne suis pas si mal que ça... Waouh, je dépasse des types en descente...
Bon, là c’est le lac de Coste-Ouillère, vient une longue portion dans la forêt... Ne pas se déconcentrer, je ne suis pas tombé, contrairement à ma reco de juin... Et tenir le ryhtme, ne pas me faire rattraper par les gars de tout à l’heure... ce serait trop bête...
Pfou, c’est long cette arrivée au Lac de l’Oule... Mais je dois me rapprocher, vu les touristes...

Pardon !
...
Merci.

Merci.

Ca y est, le lac. Maintenant on remonte vers la gauche. Tiens un groupe. Je serais descendu si bien que ça ?... Non, c’est des concurrents de l’Ultra... Il est quelle heure ? Plus de 17h ? Ca fait douze heures que je cours, eux vingt-deux de plus. Ils vont finir en 40h. Chapeau quand même... Bon allez, pas de pitié, je les passe...
...
Bravo les gars ! courage !

Bon maintenant c’est plat jusqu’à Merlans. Mon objectif c’est quinze heures max... Et surtout, ne pas me faire reprendre par les gars de la montée d’Aygues-Cluses... Courir, courir le plus possible... Bien se gérer aussi...
Ahh Merlans... Je me refais le plein d’eau, je bois un thé et je repars. Je ne m’énerve pas mais je ne m’étends pas... Et puis il fait froid là...

Et il reprend son chemin, décidé, déterminé à terminer la course. Faire moins de 15h ? C’est possible il le sait. A condition de ne pas lambiner. Son chrono, il ne le regardera pas. Il ne veut pas réfléchir, il veut en finir. Arrivé au Col de Portet, c’est facile, il suffit de descendre. Les premières pentes, sur les pistes de la station d’Espiaube, sont violentes, assassines. Il souffre et il souffre aussi pour les coureurs de l’Ultra qui descendent dos à la vallée pour soulager leurs cuisses. Il ne réfléchit pas, il continue de courir. Beaucoup de bitume. Il ne sait pas s’il doit s’en réjouir ou s’il préfère les sentiers. Il n’a pas le temps d’y penser que des gendarmes lui font signe, non pas de s’arrêter, mais de prendre à droite un chemin qui file sous bois. Il continue de trotter. Le confort de ce passage, sa beauté et son calme le rassérènent. L’arrivée se rapproche. Il le sait.
Certes, sa foulée est lourdeur. D’autres le dépassent. Mais il n’en a cure. Il tient. Il reconnaît les sentiers empruntés le matin, dans la nuit. Dans Vignec, il décide d’accélerer. Ca doit passer. Il ne lui reste plus longtemps pour franchier la ligne. Vielle-Aure, son église, sa ruelle, les enfants et le public. L’arche, c’est la fin !
Il réussit son objectif. En 14h52, le tour est bouclé avant que la nuit ne tombe !